Bigorexie : Quand le sport devient néfaste pour la santé

Le fait d'être préoccupé par son développement musculaire peut entraîner une perturbation de l'image de soi qui rappelle l'anorexie, mais à l'envers. La bigorexie (dysmorphie musculaire) toucherait surtout de jeunes hommes qui fréquentent les salles de musculation, même si les estimations de sa fréquence varient beaucoup d'une étude à l'autre. Pour certains hommes, le développement musculaire devient une préoccupation si envahissante qu'ils passeront à côté de moments importants, continueront à s'entraîner malgré la douleur ou les blessures, voire perdront leur emploi plutôt que d'interrompre leur programme de développement physique.

La dysmorphie musculaire

Dès 1993, l'équipe du psychiatre américain Harrison Pope parlait d'"anorexie inversée" ; le terme "dysmorphie musculaire" a été proposé par la même équipe en 1997 pour décrire cette forme de trouble. On parle aujourd'hui plus couramment de "bigorexie". Depuis 2013, le DSM-5, le manuel de référence des troubles mentaux, la classe officiellement comme une forme de trouble dysmorphique corporel, avec la mention "avec dysmorphie musculaire". Certains chercheurs continuent de la rapprocher des troubles des conduites alimentaires ou des addictions comportementales. Ses causes sont multiples : faible estime de soi, perfectionnisme, moqueries subies pendant l'enfance, pratique sportive très axée sur l'apparence, et pression exercée sur les hommes pour qu'ils se conforment à une silhouette idéale, comme c'est le cas pour les femmes depuis des années.

La principale composante de la bigorexie

La principale caractéristique de la bigorexie est l'idée que, quels que soient les efforts déployés, le corps n'est jamais assez musclé. Cette affection est reconnue comme étant plus fréquente chez les hommes, bien que des femmes pratiquant le bodybuilding aient aussi des symptômes similaires. La plupart des hommes atteints de bigorexie pratiquent la musculation, mais cela ne signifie pas que la plupart des pratiquants de musculation sont bigorexiques. Par rapport aux autres pratiquants qui déclarent passer jusqu'à 40 minutes par jour à penser au développement de leur corps, les hommes atteints de bigorexie déclarent être préoccupés cinq heures ou plus par jour à penser que leur corps est sous-développé.

Avec l'augmentation de l'offre et de la fréquentation des clubs de sport, certains pensent que cela suffit à expliquer la prise de conscience plus forte de l'imperfection physique chez les hommes et la quête du corps parfait. Les réseaux sociaux ont ajouté une couche : les études récentes associent l'exposition répétée aux contenus "fitness" et aux physiques retouchés ou dopés à davantage d'insatisfaction corporelle et de symptômes de dysmorphie musculaire chez les adolescents et les jeunes adultes.

Se regarder dans le miroir

Selon une étude, les hommes bigorexiques se regardent jusqu'à 12 fois par jour. En comparaison, les autres pratiquants de musculation se regardent environ trois fois par jour. À l'inverse, certains évitent totalement les miroirs.

Régime alimentaire

Des régimes très stricts sont souvent associés à ce syndrome. Les bigorexiques mangent rarement chez quelqu'un d'autre ou au restaurant, car ils sont incapables de contrôler l'équilibre alimentaire ou de savoir exactement ce qui a été préparé. Il arrive que des hommes développent des troubles alimentaires tels que la boulimie.

Se comparer aux autres

Les hommes bigorexiques comparent constamment leur propre physique à celui d'autres hommes. Malheureusement, leurs perceptions sont toujours biaisées. Même en observant des hommes de physique égal, ils se jugent plus petits.

Drogues

L'utilisation de stéroïdes anabolisants est fréquente chez les bigorexiques. Les hommes continuent à utiliser des stéroïdes malgré des effets secondaires tels qu'une agressivité plus marquée, l'acné, la gynécomastie, l'impuissance, la calvitie, le rétrécissement des testicules, sans compter les risques pour le cœur et le foie. En France, ces produits ne sont délivrés que sur ordonnance, et leur usage par un sportif est interdit par le code du sport, y compris hors compétition.

La masse graisseuse

Les hommes atteints de bigorexie se préoccupent généralement du pourcentage de graisse corporelle qu'ils possèdent plutôt que de leur surpoids.

Facteurs psychologiques

Contrairement à de nombreux bodybuilders qui apprécient de pouvoir montrer leur physique en public, les bigorexiques ne le font pas. Nombre d'entre eux se cachent pendant plusieurs jours pour éviter d'être gênés par leur silhouette. Une étude a décrit un homme qui évitait les rapports sexuels avec sa femme de peur de dépenser de l'énergie qu'il pourrait consacrer à la musculation.

En général, les hommes souffrant de bigorexie ont une faible estime d'eux-mêmes. Beaucoup d'entre eux rapportent avoir été taquinés à l'école à propos de leur physique, ce qui les pousse à vouloir " devenir plus beaux ". Cependant, cette tentative de rattrapage n'aboutit jamais et se traduit par une mauvaise image de soi et un sentiment de vide. Dans une étude publiée en 2000 dans l'American Journal of Psychiatry, 29 % des hommes atteints de bigorexie avaient des antécédents de troubles anxieux et 58 % avaient déjà présenté un trouble de l'humeur.

Les traitements possibles

Aujourd'hui encore, aucun essai contrôlé n'a comparé l'efficacité des traitements spécifiquement dans la bigorexie. L'un des problèmes particuliers de cette pathologie est que, à l'instar des anorexiques, les hommes se considèrent rarement comme ayant un problème et sont peu enclins à se faire soigner. La maladie elle-même est en partie une réponse à des sentiments de dépression et de manque d'estime de soi, et le fait de demander un traitement revient à admettre sa défaite.

Comme la bigorexie fait partie des troubles dysmorphiques corporels, les spécialistes s'appuient sur les traitements validés pour ces troubles : la thérapie cognitivo-comportementale, qui aide à repérer et à modifier les schémas de pensée pour viser des objectifs plus réalistes, et, si besoin, certains antidépresseurs de la famille des ISRS. Le traitement des troubles de l'humeur et de l'anxiété associés compte aussi beaucoup. En cas de consommation de stéroïdes, un suivi médical est nécessaire, car l'arrêt peut provoquer une baisse de moral marquée liée à la chute des hormones. Le premier pas reste d'en parler à son médecin traitant, qui pourra orienter vers un psychiatre ou un psychologue.