La ghréline est une hormone produite et libérée principalement par l'estomac, de petites quantités étant également libérées par l'intestin grêle, le pancréas et le cerveau. Elle a été découverte en 1999 par une équipe japonaise.
La ghréline a de nombreuses fonctions. Elle est appelée "hormone de la faim" car elle stimule l'appétit, augmente la prise alimentaire et favorise le stockage des graisses. Lorsqu'elle est administrée à l'homme, la ghréline augmente la prise alimentaire de près de 30 % ; elle circule dans le sang et agit au niveau de l'hypothalamus, une zone du cerveau qui pilote le contrôle de l'appétit. Il a également été démontré que la ghréline agit sur les régions du cerveau impliquées dans le traitement de la récompense, comme l'amygdale.
La ghréline stimule également la libération de l'hormone de croissance par l'hypophyse. Contrairement à la ghréline elle-même, l'hormone de croissance favorise la mobilisation des graisses stockées et la construction des muscles.
La ghréline a également des effets protecteurs sur le système cardiovasculaire et participe au contrôle de la libération d'insuline, qu'elle tend à freiner.
Comment la ghréline est-elle contrôlée ?
Les taux de ghréline sont principalement régulés par l'apport alimentaire. Les niveaux de ghréline dans le sang augmentent juste avant de manger et pendant le jeûne, le moment de ces augmentations étant affecté par notre routine de repas normale. On pense donc que la ghréline intervient dans la sensation de faim au moment des repas et dans le besoin de commencer à manger.
Les niveaux de ghréline augmentent en cas de jeûne (ce qui correspond à une augmentation de la faim) et sont plus faibles chez les personnes ayant un poids corporel élevé que chez les personnes maigres, ce qui suggère que la ghréline pourrait aussi intervenir dans la régulation à long terme du poids corporel.
Manger réduit les concentrations de ghréline. Les différents nutriments ralentissent la libération de la ghréline à des degrés divers ; les glucides et les protéines limitent la production et la libération de la ghréline dans une plus large mesure que les graisses.
La somatostatine limite également la libération de la ghréline, ainsi que de nombreuses autres hormones libérées par le tube digestif. Depuis 2018, on connaît aussi un frein naturel à l'action de la ghréline : une petite protéine produite par le foie et l'intestin, appelée LEAP2, qui bloque son récepteur et dont le taux augmente quand on a mangé ou que le poids est élevé.
Le sommeil compte aussi. Plusieurs études ont montré qu'une nuit trop courte fait monter la ghréline et baisser la leptine, l'hormone de la satiété, ce qui augmente la faim le lendemain, en particulier pour les aliments riches en sucres et en graisses.
Que se passe-t-il si j'ai trop de ghréline ?
Les taux de ghréline augmentent après un régime, ce qui peut expliquer pourquoi la perte de poids induite par un régime peut être difficile à maintenir. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine en 2011 a montré que, un an après un régime très hypocalorique, la ghréline restait plus élevée qu'avant le régime, tout comme la sensation de faim. On pourrait s'attendre à des taux plus élevés chez les personnes souffrant d'obésité. Cependant, les taux de ghréline sont généralement plus faibles chez les personnes de poids élevé que chez les personnes maigres, ce qui suggère que la ghréline n'est pas une cause d'obésité, bien qu'il soit suggéré que les personnes obèses soient en fait plus sensibles à cette hormone. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse.
Le syndrome de Prader-Willi est une maladie génétique dans laquelle les patients présentent une obésité sévère, une faim extrême et des difficultés d'apprentissage. Contrairement aux formes plus courantes d'obésité, les taux de ghréline circulante sont élevés chez les patients atteints du syndrome de Prader-Willi et commencent avant le développement de l'obésité. Cela suggère que la ghréline pourrait contribuer à l'augmentation de leur appétit et de leur poids corporel.
Les taux de ghréline sont également élevés dans les cas de cachexie et de trouble du comportement alimentaire, l'anorexie mentale. Il pourrait s'agir d'un moyen pour l'organisme de compenser la perte de poids en stimulant la prise alimentaire et le stockage des graisses.
Les conséquences d'un taux trop bas de ghréline
La chirurgie bariatrique reste le traitement le plus efficace de l'obésité sévère. Après un bypass gastrique, qui court-circuite la plus grande partie de l'estomac, les taux de ghréline chutent fortement, alors qu'ils augmentent chez les personnes qui perdent autant de poids par le régime alimentaire et l'exercice physique. La sleeve gastrectomie, qui retire la partie de l'estomac produisant le plus de ghréline, fait elle aussi baisser son taux. Ces effets peuvent expliquer en partie le succès durable de ces interventions. L'anneau gastrique, en revanche, ne fait pas baisser la ghréline.
Les médicaments récents de l'obésité, comme le sémaglutide (Wegovy) ou le tirzépatide (Mounjaro), agissent sur d'autres hormones digestives (le GLP-1 et le GIP) qui renforcent la satiété : ils ne bloquent pas directement la ghréline. Des molécules qui ciblent la ghréline ou son récepteur sont étudiées, mais aucune n'est disponible à ce jour pour traiter l'obésité.